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Grandeurs et misères

C'était début juillet 1989 : le Festival des tombées de la Nuit, à Rennes, célébrait son 10ème anniversaire. Jean Bernard Vighetti, le patron du festival, avait réuni pour une soirée sur la Place du Parlement trois chanteurs dans la force de l'âge. J'allais écrire « trois vieux chanteurs », mais cette année-là nous avions, voyons... 35 ans de moins qu'aujourd'hui : Melaine Favennec, Manu Lannhuel et moi même. Notre mission consistait à créer avec nos trois répertoires un concert exceptionnel intitulé: 3=+ (je ne suis pour rien dans ce titre abscons). D'autant plus exceptionnel que Mr Vighetti nous avait adjoint un jeune homme tout frais émoulu du conservatoire, dont on vantait l'immense talent : Ivan Cassar. Son rôle : créer des arrangements, des orchestrations pour un orchestre philharmonique sur 18 de nos chansons : six chacun.

Quand on t'annonce ce genre de proposition, tu sautes de joie ! jouer avec un grand orchestre, quelle aubaine ! Mais à ma profonde honte, je dois dire que l'expérience fut rude. Quel vrai bonheur de me glisser dans mes chansonnettes retaillées sur mesure par un grand couturier ! Mais aussi, quelle épreuve nerveuse et physique. Je passe sur les difficultés qu'il y a à travailler avec un grand orchestre : des contraintes syndicales draconiennes pour les horaires, et très, très peu de répétitions, ce qui ne nous aidait pas à prendre confiance

Mais... Ivan Cassar avait à cœur de saisir cette occasion pour démontrer pour la première fois son savoir-faire d'écriture. Il avait donc réalisé des orchestrations infiniment riches sur toutes les chansons, bouleversé parfois la construction, ajoutant ici un pont, là une reprise, là encore un intermède en modulation : formidable ! quel talent ! Mais par moments, je ne m'y retrouvais plus, et je me suis vite senti noyé sous l'avalanche de notes. Nous avons même eu une petite prise de bec autour de la chanson Les péniches rondes où il avait vraiment chargé la mule, à mon goût en tout cas. Il a revu sa copie pour une version plus dépouillée dans laquelle ma guitare retrouvait une place de choix, et que j'ai trouvée très réussie.

Je suis sorti de cette soirée unique heureux d'avoir fait cette expérience mais aussi totalement essoré. Vous l'aurez compris : on ne jouait pas dans la même classe ! Ivan Cassar ne nous a pas attendus pour prendre son envol : 3=+ aura été un petit escabeau dans son parcours, et il a ensuite été le complice et collaborateur de Johnny Hallyday, Charles Aznavour, Claude Nougaro, Mylène Farmer, Roberto Alagna etc. En fait... il nous doit tout ! (Hé ho ! c'est de l'humour : ici immense émoji LOL!).



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