Album Une bouteille à la Terre : quelques notes sur les chansons
Dernière mise à jour : il y a 19 heures
Cet album n'est pas destiné aux enfants.
Je compare mon répertoire à un bateau : la partie sous marine est aussi importante que la voilure. Sans la quille et les oeuvres vives, le navire ne serait pas équilibré. Mes chansons "pour adultes" sont le support des chansons plus légères, plus ludiques. Mais je dois reconnaître que je me prends bien plus la tête avec les albums comme celui ci. Peut-être qu'un jour j'arriverai à être plus détaché? Mais les années défilent, filent, filent...

Tabarnak de cognac
Fais gaffe, m’avait-on dit ! y a une tempête qui se prépare (à dire avec l’accent québécois) . Hé ho, que je réponds, avec l'accent breton, je viens du Finistère moi, et les tempêtes, ça me fait pas peur. Oui, certes, mais… des tempêtes avec 25° en dessous de zéro, je ne m’y attendais pas ! Me voilà parti en stop, sous les quolibets de quelques Québécoises, avec à la main ma guitare Martin. Et ce jour là … j’ai frôlé la mort ! (Une histoire vraie, de A à Y ! ) qui commence par LA chanson que me chantait ma grand-mère.
L’accordéon ça me donne des boutons
J’ai cette phrase provoc’ dans la tête depuis des années. J’ai enfin pris mon courage à deux mains pour développer cet hommage, cette célébration, ce panégyrique du piano à bretelles : un instrument formidable dont la pratique a explosé en Bretagne et ailleurs depuis quelques dizaines d’années, qui séduit les jeunes comme les vieux et qui permet assez rapidement des résultats honorables. Un caméléon que cet accordéon ! Que je le déteste ! Que je l’aime !
Une bouteille à la Terre
Voilà une chanson que j’ai peaufinée pendant des années : une partie de la mélodie m’a été offerte un matin, comme souvent, tombant du ciel des mélodies. Ce sont celles que je préfère. Celle-ci était pleine de promesses, comme un arbre dont on pressent qu’il donnera des fruits, sans savoir lesquels. J’y ai posé des paroles, et une amie m’a dit »ça fait curé ! » … J’ai tout rayé, tout bazardé, mais j’y suis revenu plus tard, avec la phrase : je lance une bouteille à la mer, mais non ! à la Terre ! et soudain j’ai vu quelles fleurs et quels fruits allaient éclore. Tout naturellement, l’intro en anglais s’est imposée, avant de demander des choeurs : c’est la chanson qui impose son monde.
Kaoc’h ki Brest
Tous les les bretonnants connaissent ce juron fort imagé : Kaoc’h ki gwen ha kaoc’h ki du ! c’est à dire : « crotte de chien blanc et crotte de chien noir ! ». Et tous les Irlandais, Ecossais et autres celtes connaissent la célèbre chanson d’Iwan Mc Coll : Dirty old town, popularisée par les Pogues et l’interprétation sauvage de Shane Mc Gowan.
J’ai rencontré Frank Bodénès à Brasparts à l’été 2025, lors d’un stage de breton où il était enseignant, et les chansons étaient l’un de ses outils pédagogiques. J’ai littéralement craqué pour son adaptation en breton, Kaoc'h ki brein, Kaoc'h ki Brest ("crotte de chien pourri, crotte de chien de Brest") d'autant plus qu'elle s'adresse à cette ville du bout du monde, si chère à mon coeur. J’y retrouve l’étrange sentiment d’amour et de haine qu’elle distille, et elle a aussi le mérite d’être extrêmement fidèle au texte original. J’ai d’abord essayé d’en faire une ballade douce et mélancolique, mais une fois encore la chanson m’a mené vers des territoires inattendus, beaucoup plus électriques que mon premier mouvement.
Water is taught by thirst
J’ai découvert ce poème d’Emily Dickinson (1830-1886) il y a une quinzaine d’années dans le métro parisien, pendant le mois de la poésie, et dans une adaptation en français. J’ai ressenti un petit choc au plexus, ce qui ne trompe pas, et comme il est très court je l’ai aussitôt appris par coeur. J’ai fait des pieds et des mains pour trouver les coordonnées du traducteur, en vain. Jusqu’à ce que Fabienne, ma copine d’amour, me dise : « mais chante la donc en anglais ! ». Je n’ai pas fait exprès, mais c’est devenu un blues, qui se termine en beauté par la viole de Marie Suzanne de Loye.
J’aime les chasseurs
C’est un épisode de ma jeunesse d’il y a cinquante années. L’hiver, la glace, l’accident, le désespoir amoureux, puis le sauvetage miraculeux : un vrai conte de fées.
Les années
Une chanson reliée en droite ligne à la précédente, car l’amour a duré, enduré, perduré, merci la vie !
Rien n’est grave, tout est peur
Cette maxime a été lancée à mon copain Fred Renno par un SDF du côté de la poste centrale de Rennes. Imaginez cet homme sans ressources, rebut de la société, déclarer une telle philosophie, c’est carrément majestueux ! Vous remarquerez sans doute que la mélodie est un strathpey, à la rythmique écossaise.
Camions 79-26
Les vieux fans, s’il y en a et s’il en reste, vont me maudire ! C’est une reprise au mot près de la chanson qui figure sur l’album Le Grand Cerf Volant paru en 1976 chez Névénoé. Au mot près, oui, car je n’en ai changé qu’un seul, dont le sens a pris un poids malsain avec les années.
Attention, je veux être clair sur le fait que je n'ai absolument rien contre les chauffeurs routiers ! cette chanson est une parabole (ça y est, çui ci se prend pour Jésus ?) une métaphore, plutôt, sur la puissance destructrice de l'économie capitaliste. Certes, les camions sont beaucoup plus propres et rutilants que dans les années 70, mais notre époque fait fleurir une violence sociale et économique bien plus terrible et cynique qu'il y a cinquante ans. En revanche, la musique de cette reprise est bien différente.
Je chante dans le désert
Certains jours, on a un désert dans le coeur. Chanter console. Très peu de texte, beaucoup de musique, cet équilibre me plaît de plus en plus.
Fil de couleur
On entend cette mélodie charmante chantée au loin par des enfants dans le final du film L’ombre de Goya de Jean Claude Carrière. Après pas mal de recherches, il m’est apparu que c’était un chant traditionnel espagnol. J’ai voulu clore ce disque par ce petit refrain espiègle, qui annonce, peut-être, un prochain album pour les enfants... dans lequel je ne me prendrai pas la tête, j'espère.
N'hésitez pas à me faire part de vos ressentis, j'aime savoir qu'il y a des oreilles et des coeurs attentifs de l'autre côté.



Commentaires